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Hommage à Monsieur de Molière

  • Auteur : Jean-Nicolas Gaitte et Alexis Rocamora
  • Représentations :

    Dimanche 15 février 2015 en l’Eglise Saint Roch, Paris
    En présence des sociétaires de la Comédie Française et de Monsieur François Claudel

«L’histoire a sa vérité, la légende a la sienne. La vérité légendaire est d’une autre nature que la vérité historique. La vérité légendaire, c’est l’invention ayant pour résultat la réalité.»

Monsieur l’Abbé Desgens nous a, cette année, confié une tâche à laquelle nous ne nous serions pas attendus de si tôt et pour laquelle nous sommes, aujourd’hui, sincèrement honorés d’y apposer quelques uns de nos mots.
Tout jeune que nous sommes, nous voilà face à vous et face au Maître de la Comédie.

Nous osons imaginer que ce n’est pas le masque de Molière qui nous réunit aujourd’hui, mais celui qui se cache derrière: Jean-Baptiste Poquelin. Il a nourrit l’artiste et Molière a sensibilisé l’être qu’il était. Penser que l’artiste est l’ouvrier de l’homme, c’est admettre que la légende se soit construite par la force de son caractère.

Et du caractère, il en fallait. Écouter et observer est de rigueur en ce XVIIème siècle, où la France évolue, gronde et se divertit à la fois !
Quel fabuleux siècle de changements politiques, religieux et moraux. Il fallait avoir ces vertus pour savoir comprendre son siècle et s’y adapter.
C’est une époque qui verra évoluer deux monarques. L’un Louis XIII, empêtré dans une guerre de religion et englué dans des rivalités familiales ; et l’autre que l’on fit nommé, dès la naissance, Louis Dieudonné, et qui, dès l’âge de 5 ans, devra prendre le nom de roi Louis XIV.
Cette France, pas toujours facile à comprendre, verra naître en cette première partie de siècle, deux frères de création, des personnages emplis par une force de caractère, de créativité, et osons le dire, de génie. La rencontre de ces destins fera le caractère de ce pays. Orphelin tous les deux, l’un par sa mère, l’autre par son père.

Les traumatismes de chacun, le manque qu’ils éprouvent, la force et l’ambition qui les animent feront naître une rencontre qui changera à jamais la France. Ces deux personnes sont complémentaires, les traumatismes de l’un seront comblés par les traumatismes de l’autre.

Être miroir de la société, c’est être témoin de son temps. Le XVIIe ! Avec la culture comme socle disposée aux premières loges et ce, par la réunification de deux rois que sont le roi Soleil et le roi de la Comédie.

L’effet miroir de la société ne pouvait que faire jaillir une réalité mais aussi l’espoir des consciences, la volonté d’apporter bien plus que de la culture mais de contribuer au développement de l’âme de son pays et de pouvoir apporter un témoignage de son siècle.
Dénonciation des amours ou bien embellissement des passions, moquerie des bourrus et des faux-semblants sont bel et bien les reflets d’un caractère amoureux de l’homme sincère et juste.

Fidèle et fraternel, Jean-Baptiste l’aura été. S’il ne mena pas de guerres à proprement parlé, il en mena tout au long de sa vie pour la liberté des consciences.

Tu as servi le Roi soleil et tu as su saisir la force de ses rayons. La puissance de ce monarque est telle que l’on garde en mémoire le nom de ce roi Louis XIV, sa grandeur s’est battis sur le génie d’hommes qui ont pu explorer les contrées artistiques qui leur étaient propre. Mais un homme, par la force d’un rayon, a su affirmer l’âme à la française, le génie de la vie et d’une société, l’énergie d’un combattant pour être le rappel et le témoin d’une époque.

Le siècle du Roi Soleil aura permis la grande dynastie du Roi de la Comédie.
La puissance de la politique s’est égarée dans les idéaux mais la conviction de la puissance de l’art est immortelle. La maison du roi s’est endormie mais celle de la comédie est pleine d’éveil et suscite les vocations.

L’héritage qui nous a été offert par la continuité du message moliéresque est un présent unique de la richesse de notre patrimoine théâtrale dont nous prenons ensemble la mesure.
A nous de nous efforcer d’atteindre le rideau de son théâtre afin de l’entrouvrir, d’observer les secrets cachés de Jean-Baptiste Poquelin et de gagner sa posthume estime.

Ce puissant trouvera l’éternité sur scène mais non pas sur la scène du théâtre comme la légende l’affirme, Jean-Baptiste Poquelin dit Molière donnera son dernier soupir sur la scène de sa vie. Le spectacle de son âme ne devait pas s’arrêter là, le rideau devait une nouvelle fois s’ouvrir sur le chapitre de l’immortalité.

Texte original rédigé pour l’évènement par Jean-Nicolas Gaitte et Alexis Rocamora